De passage en douane à passage en douane...
Un article qui, à première vue, n’a absolument rien de touristique… mais qu’il faut lire en ne retenant que l’humour, le comique de situation et notre philosophie très personnelle du passage en douane !
Il faut tout d’abord planter le décor et surtout tenir compte de ce que nous avons dans nos bagages.
Outre les vêtements nécessaires – pas trop, car nous avons prévu les lessives dans les hôtels, ce qui donne parfois à notre garde-robe un petit air de linge en transit permanent –, les chaussures de rechange, deux légers vêtements de pluie « au cas où », les cadeaux pour les petits-fils, nous avons également emporté tout l’outillage médical qui m’est nécessaire pour tenir la route… et la cadence.
Deux mois de traitement, donc. Dans une boîte à chaussures : les comprimés, les crèmes et autres joyeusetés. Et dans ma petite glacière : les injections que Jean-Gilles doit me faire.
Voilà. Le cadre est posé.
Nous ne voyageons donc pas exactement avec une valise de touriste lambda. Nous avons plutôt l’impression de transporter une petite pharmacie ambulante avec option « grand voyage ».
Première étape : l’Ouzbékistan
En Europe, en train, pas de souci.
Nous avions cependant pris la décision initiale de ne pas traverser en train l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan. Nous sommes donc dans l’avion qui nous emmène d’Istanbul, en Turquie, à Samarkand, en Ouzbékistan. À l’embarquement : rien. Pas une question.
À l’arrivée, à 5 h 10 du matin, nous récupérons notre valise avec un magnifique grand morceau de scotch indiquant très clairement qu’elle a été ouverte et contrôlée. Soft : tout est bien en place, parfaitement ordonné. Nous nous disons donc que tout va bien et que notre petite pharmacie internationale a dû passer inaperçue.
Erreur. Première mission : changer de l’argent pour payer le taxi. Jean-Gilles se colle à la file. Enfin… à ce qui ressemble vaguement à une file. Il n’y a que des hommes et, manifestement, ici, la notion de « chacun son tour » semble être davantage une suggestion qu’une règle.
C’est la foire d’empoigne : à qui sera le plus fort, le plus rapide, le plus déterminé… ou le moins fatigué après une nuit d’avion ! Jean-Gilles finit par atteindre le guichet avec une légère pointe d’agacement, mais il gère très bien.
Vient ensuite la déclaration des numéros IMEI de nos téléphones.
Amusée, je découvre deux files. Enfin… une file et un troupeau.
La première, celle des femmes : les unes derrière les autres, chacune attend tranquillement son tour et cela avance. La seconde, celle des hommes : imaginez les bouchons sur une autoroute lorsqu’on passe brutalement de quatre voies à une seule. Même principe : chacun cherche la meilleure position et, surtout, celui qui arrivera à passer avant les autres.
Nous nous regardons et nous prenons une décision stratégique majeure : nous allons nous mettre dans la file des femmes. Après tout, nous sommes touristes, nous avons des téléphones, nous sommes fatigués et nous n’avons absolument aucune idée de la procédure. Toutes les excuses sont bonnes ! À un moment, nous comprenons qu’il faut un QR code. Que nous n’avons évidemment pas. Tant pis. Nous sommes dans la file, nous y resterons. Nous verrons bien jusqu’où cette stratégie nous mènera.
Un Ouzbek nous demande alors si nous sommes Français. Nous répondons oui. Et là, avec un grand sourire malicieux : « Bonjour, merci, tout va bien, au revoir, Mbappé ! » Nous le remercions par un immense sourire. Décidément, même à 5 h du matin à Samarkand, Kylian Mbappé travaille encore pour la diplomatie française.
Puis arrive notre tour. Un monsieur dit à Jean-Gilles : « It is madame ! » Très bien. Me voilà donc officiellement désignée pour prendre les choses en main. Je présente mon passeport et mon téléphone sur lequel les IMEI de mes deux cartes sont affichés. Là, je vois le guichetier fouiller dans mon téléphone. Pas très contente, la Christiane ! Mais bon… nous sommes en Ouzbékistan, pas à la maison. Je respire. Il me demande le fameux QR code. Évidemment : pas de QR code.
Et c’est alors que, dans un français plus qu’impeccable, il me demande combien de temps nous restons en Ouzbékistan. Puis il m’explique que la déclaration est obligatoire à partir d’un mois de séjour. Nous restons beaucoup moins longtemps.
Je suis sidérée. Et là, nous sommes soudain entourés par tous ceux qui attendent leur tour. Le guichetier nous remercie de venir visiter son pays et nous souhaite un excellent séjour. Notre entourage paraît ravi. À cet instant, nous avons presque cru qu’ils allaient tous nous applaudir. Au final, passage en douane : agréable.
Comme quoi, il faut toujours garder son calme : on peut commencer une formalité administrative en pensant qu’on va finir au poste et la terminer avec les félicitations du jury.
Ouzbékistan – Kazakhstan
La seule réelle demande que nous ayons eue se produit à la frontière entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Les premiers me demandent à quoi servent mes documents médicaux sans, finalement, jeter un seul regard aux documents que je possède. J’ai pourtant l’original et sa traduction en anglais.
Mais bon. Ils ont décidé de me faire confiance sur parole. Nous sommes donc tranquilles.
Vingt kilomètres plus loin, les seconds, peut-être un peu plus curieux, me font ouvrir la valise. Ils regardent. Ils vérifient et s’arrêtent là. Nous commençons presque à prendre goût aux frontières.
Et puis arrive… la Chine !
Pour quitter le Kazakhstan, nous prenons l’avion d’Almaty à Yining, en Chine. Le départ du Kazakhstan se fait sans heurts. L’arrivée en Chine, en revanche, va être légèrement plus… animée !
Nous passons l’administratif : aucun problème. Le « médical » : aucun problème. Nous récupérons la valise : aucun problème. Nous commençons à croire que cette fois, c’est gagné.
Et puis, pour sortir de l’aéroport : contrôle des bagages dans les tunnels. Je passe avec mon sac à dos et ma glacière – elle ne va évidemment pas en soute. Je passe en premier. Et là…
STOP.
Je suis arrêtée. Ils me demandent ce qu’il y a dans la glacière. Je fais face à deux jeunes douaniers – un homme et une femme –, à un autre monsieur dont je ne sais toujours pas très bien s’il est douanier, superviseur ou simplement là parce qu’il avait envie de voir ce qui se passait, et à côté de moi, un douanier plus âgé. J’ouvre donc la glacière. Le traitement est immédiatement sorti et contrôlé par le code-barres avec un téléphone. Je présente l’ordonnance puis sa traduction. Jusque-là, tout va bien.
Et là… la douanière décide de visiter mon sac à dos. Quand je dis « visiter », c’est une façon très diplomatique de présenter les choses. Elle ne visite pas. Elle déménage. Elle sort tout. Elle met un bazar absolument indescriptible et vide pratiquement le sac sur le comptoir.
Je ne sais plus très bien quelle attitude adopter. Me mettre en colère ? Probablement une très mauvaise idée. Rire ? Pas forcément plus prudent. Et puis apparaissent… mes protections intimes. Bien en évidence, là, sur le comptoir, à la vue de tous.
Voilà donc comment, après avoir traversé plusieurs frontières avec deux mois de traitement médical, mes ordonnances, mes injections et tout mon attirail pharmaceutique, je me retrouve soudain exposée au regard de la douane chinoise par… mes protections intimes.
La grande diplomatie internationale, finalement !
Pendant ce temps, le monsieur dont je ne peux toujours pas définir la profession aperçoit mon livre. Un livre en français. Il le prend, le feuillette, me regarde, me sourit et me le rend. Voilà ! Nous avons établi notre première relation culturelle franco-chinoise autour d’un livre.
Pendant ce temps, je vois bien que mon médicament pose problème. À chaque fois que le douanier le sort de la glacière, je le remets consciencieusement à sa place. Il le ressort. Je le remets. Il le ressort. Je le remets. Nous sommes presque entrés dans une sorte de chorégraphie silencieuse.
Lui : le médicament.
Moi : la glacière.
Lui : le médicament.
Moi : la glacière.
Et finalement, c’est le douanier le plus âgé qui met fin à la représentation. Il dit aux deux jeunes que c’est OK. Fin du spectacle !
Soulagée, je range tout. Enfin… j’essaie de remettre dans mon sac ce qui ressemblait auparavant à un sac à dos. Et c’est à ce moment-là que je réalise que Jean-Gilles est déjà passé. Ouf ! Pas besoin pour lui d’expliquer quoi que ce soit. Je le retrouve tranquillement un peu plus loin, en train de faire un semblant de conversation avec une jeune femme. Tout va donc très bien.