Ces rencontres qui donnent une autre couleur au voyage

Peut-on parler de rencontres ? Oui, je le crois. 
Car au-delà des paysages, des monuments, des trains et des kilomètres parcourus, notre voyage est aussi fait de ces petits instants de complicité avec des inconnus. Des regards qui se croisent, des sourires qui s’échangent, des « Hallo », des « Good Morning », des « Nǐ hǎo », des signes de la main, des photos prises les uns des autres… Et puis, parfois, la magie opère : quelques mots sont échangés, puis dix minutes de conversation, voire davantage.
Ces rencontres sont souvent inattendues, parfois improbables, mais elles laissent toujours une petite trace. Elles nous rappellent que, malgré les langues, les frontières et les milliers de kilomètres qui nous séparent, il est finalement si facile de se comprendre et de partager un moment.

Astrix, la première rencontre 
Commençons par Astrix, la toute première. 
C’était dans le train Mannheim-Munich. Nous avons eu le temps… beaucoup de temps même ! Moi, confortablement installée sur un siège, tandis qu’elle et Jean-Gilles étaient assis par terre ! Cette dame parlait aussi bien français que nous. Elle avait longtemps travaillé à Grasse et, comme nous, c’est une grande voyageuse. Très vite, la conversation s’est installée, naturellement, comme si nous nous connaissions déjà un peu. 
Elle a été la première à envier notre voyage programmé. Son enthousiasme, sa curiosité et son intérêt pour ce que nous étions en train de vivre nous ont beaucoup touchés. 
Une première rencontre qui, finalement, annonçait bien toutes les autres…

Gabriel et son épouse, Armine, dans le train vers Bucarest 
Puis il y a eu Gabriel et son épouse, dans le train Vienne-Bucarest. Nous n’avons pas échangé tout de suite. Le départ, en fin de journée, avait plutôt plongé chacun dans sa bulle : tout le monde somnolait plus qu’il ne dormait, bercé par le mouvement du train. 
Mais au matin, la conversation s’est engagée. 
Gabriel, même s’il pense le contraire, parle très bien français ! Et nous avons été très surpris, l’un comme l’autre, de découvrir tout ce que nous avions en commun : Moissy-Cramayel et Bușteni, deux villes jumelées qui nous réunissent et qui suffit à créer immédiatement une proximité. Nous sommes sûrement appelés à nous revoir. Et ce serait un réel plaisir. 
Gabriel a pris note de la carte que nous avons mise en ligne et s’est également inscrit immédiatement à notre Newsletter. Une petite façon, peut-être, de prolonger cette rencontre au-delà du train et des kilomètres parcourus.

Istanbul : une famille de Clermont-Ferrand 
À Istanbul, la rencontre a été plus spontanée encore. Une famille de Clermont-Ferrand nous a demandé de les photographier devant la Mosquée bleue. Nous avons pris leur photo, ils ont pris la nôtre en retour… et puis, comme souvent, le simple échange d’un appareil photo devient prétexte à quelques mots, quelques sourires, quelques « bla bla bla » ! 
Eux voyageaient en avion et louaient des voitures pour découvrir les environs des villes. Nous avions, bien sûr, une façon très différente de voyager. 
Mais peu importe. Ce couple et leurs deux fils nous ont chaleureusement encouragés à poursuivre notre aventure. Quelques mots seulement, finalement, mais qui font du bien lorsque l’on est loin de chez soi et que l’on sait que la route est encore longue.

Samarkand : deux Belges à vélo jusqu’au Japon ! 
Et puis Samarkand… Quelle surprise, au petit déjeuner, de rencontrer ce jeune couple belge !
Bien évidemment, francophones, loin de nos pays respectifs, nous ne pouvions que nous parler. Mais ce qui a suivi nous a vraiment étonnés. Ils rallient le Japon depuis la Belgique, depuis Gand où ils résident. Jusque-là, rien de vraiment surprenant pour de grands voyageurs…
Sauf qu’ils le font à vélo !

Ils se sont donnés une année pour réaliser ce voyage, une année entière à pédaler de Gand jusqu’au Japon, à travers les pays et les kilomètres. Nous les avons félicités pour cette incroyable aventure. À leur tour, ils nous ont encouragés dans notre propre voyage. 
Nous nous sommes promis de nous suivre sur les réseaux sociaux. J’ai d’ailleurs immédiatement partagé leur compte Instagram : 2wheels2japan.
Deux voyages différents, deux moyens de transport différents, mais cette même envie d’aller voir ailleurs, de découvrir, de rencontrer et de prendre le temps.

Kunming : quand le français nous rattrape en Chine 
À Kunming, nous visitions le Yuantong Temple lorsqu’une jeune Chinoise accompagnée de sa maman nous a demandé, dans un français parfait : « Vous êtes français ? » 
Quelle surprise !

Cette jeune femme avait fait ses études en France et réside aujourd’hui à Clermont-Ferrand. Encore Clermont-Ferrand ! Décidément, cette ville semble vouloir nous accompagner tout au long de notre voyage… 
Elle nous a donné de nombreuses informations sur le temple, partagé entre deux courants du bouddhisme, le Petit et le Grand Véhicule, mais aussi sur l’Université du Yunnan, longtemps soutenue par la France. 
La présence française dans cette ville se ressent d’ailleurs encore aujourd’hui, ne serait-ce que dans certaines traditions culinaires : la boulangerie, les viennoiseries… Autant de petites traces qui rendent soudain un pays lointain un peu moins lointain.

Et puis il y a tous les autres… 
Et puis il y a tous ceux qui ne sont là que pour quelques instants, mais dont le sourire reste longtemps avec nous. 
Comment oublier ce monsieur, pas tout jeune, que nous avons rencontré au détour d’un temple ? Il réalisait une véritable prouesse de gymnastique et, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’a pas fallu le convaincre de se laisser filmer : il en était fier ! Et il avait bien raison de l’être. 
Il y avait dans son regard, dans son sourire, quelque chose de tellement lumineux… Une véritable joie de nous montrer ce qu’il savait encore faire, mais aussi, peut-être, le plaisir de partager avec nous ce petit moment de vie. Nous étions étrangers les uns aux autres. Nous ne parlions pas la même langue. Et pourtant, il n’y avait pas besoin de mots pour comprendre sa fierté et son bonheur. 
Nous avons souri, il a souri… et pendant quelques instants, nous avons simplement partagé cette joie avec lui.

Et puis il y a eu ces dames qui déployaient une grande banderole, dans un autre temple. Elles nous ont vues et ont, elles aussi, souhaité poser devant nous. Elles étaient fières. Et elles pouvaient l’être. 
Elles avaient envie de nous montrer leur banderole, leur lieu, leur moment. Elles ont posé avec application, avec le sourire, devant cette simple touriste que j’étais. 
Là encore, quelques minutes à peine. Peut-être même moins.

Mais derrière ces sourires, ces gestes, ces regards et ces photos, il y avait quelque chose de précieux : le plaisir tout simple de se rencontrer
C’est peut-être cela qui me touche le plus dans ces moments. 
Nous ne connaissons pas ces personnes. Nous ne connaîtrons probablement jamais leur histoire, leurs joies, leurs peines, leur quotidien. Nous ne partageons parfois ni la langue, ni la culture, ni les habitudes. Et pourtant, le temps d’un sourire, d’un « Hello », d’un « Nǐ hǎo », d’une photo ou d’un geste de la main, une petite passerelle se crée. Une passerelle fragile et éphémère, mais bien réelle.

Et finalement, toutes ces rencontres, même les plus courtes, font partie de notre voyage. Elles en sont peut-être même l’un des plus beaux souvenirs. Parce qu’un voyage, finalement, ce ne sont pas seulement les endroits que l’on découvre. 
Ce sont aussi les personnes que l’on croise. Certaines ne feront que traverser notre chemin le temps d’un regard. D’autres resteront un peu plus longtemps, le temps d’une conversation dans un train, d’un petit déjeuner à Samarkand ou d’une rencontre inattendue dans un temple chinois. Et toutes, à leur manière, ajoutent une petite touche de couleur, de chaleur et de tendresse à notre aventure.

C’est peut-être cela, aussi, voyager : partir à la découverte du monde et, chemin faisant, découvrir un peu d’humanité.